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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 08:40

     J'avais deux jours a attendre a Murun avant de trouver une voiture qui puisse me conduire a Hatgal.  Autant profiter du ciel bleu pour explorer les environs. Je laissai la ville poussiereuse derriere moi et me dirigeai vers les montagnes proches, quelques centaines de metres au nord. Le soleil etait splendide, cependant la legere brise froide ne manquait pas de rappeler que nous etions en mars. En cette saison, en Mongolie, l'hiver peut encore etre rude. Mais je n'avais pas froid: la marche rechauffe!

 

     La plaine qui s'etendait devant moi etait parsemee d'ossements. Cranes de vaches, machoires de chevaux et cottes de moutons font la pitance de gros corbeaux noirs et des chiens errants.

 

     Je traversai tres vite ce coin de steppe et atteignis le debut  de la cote qui devait me conduire a la grande crete puis au sommet principal. Pas de sentier: j'evoluais entre les rocailles et les plantes dessechees, parfois un petit nevet. Je m'essouflais face a la raideur de la pente, et mes yeux restaient rives sur mes pieds plutot que sur mon objectif tant l'effort me coutait. Pourtant j'apercu une silhouette quelques metres au-dessus de moi, Je m'arretai net. L'homme,un Mongol de stature impressionnante, etait vetu d'une del bleu fonce, le costume traditionnel. Un grand foulard jaune nouait sa taille. Il evocait les representations des shamans Tsataans que j'avais pu voir dans les guide touristiques. Dans sa main il tenait un enorme baton qui semblait etre plante dans un tas de rochers... Il s'en servit pour faire levier , ce qui declencha un eboulement. je me jetai in extremis sur le cote. Un cailloux heurta malgre tout ma cheville, provocant une vive douleur, sans parler de mon genoux qui frappa violemment le sol. L'inconnu laissa retentir un long rire bruyant, a me glacer le sang, puis s'enfuit en courant.

 

     La raison eut voulu que je prenne mes jambes a mon cou dans la direction opposee. Que se passa-t-il en moi? D'ou me vint cet instinct? Je me relevai et le poursuvis! Mon corps oublia que j'etais essoufle, ma cheville oublia que j'avais mal, mes jambes me porterent aussi vite qu'elles le purent. Je trebuchais a chaque pas, les cailloux roulaient sous mes pieds... Mais cela n'avait aucune importance : je devais le rattrapper!

 

     Mon agresseur atteignit la crete peu de temps avant moi et bascula sur l'autre versant, disparaissant de ma vue pour quelques secondes. Quand a mon tour je fus au sommet, j'eus tout juste le temps de le voir s'engouffrer dans une petite caverne dissimulee par de gros rocs de granit. Toujours guide par cette volonte inconnue je lui emboitai le pas.

 

     Il se tenait assis derriere un grand feu de bois. Les flammes dansaient sur les paroies de la grotte, projettant une lueur irrelle et envoutante. Il me regardait fixement. Il avait tous les ages, du nourisson aureole d'innocence au vieillard croulant sous le poids des annees et de la sagesse. Il etait de tous les pays, de toutes les couleurs, de toutes les epoques. Il parlait toutes les langues, pourtant, aucun son ne sortait de sa bouche. Sa question il la posa autrement : une onde, une vague, un melange d'emotions. Il s'agit d'un langage pur, qui se passe d'artifices, de sons ou de gestes. C'est un langage qui s'adresse directement a ce qui se trouve au fond de nous. Qu'on l'appelle l'ame, le coeur ou l'esprit importe peu. Comment traduire dans ces conditions ce qu'il me dit? Nos mots manquent de sens. Ils me paraissent soudain grossiers, fades, inapropries et pathetiques! Sa question ressemblait peut-etre a "Que fais tu ici?", "Que cherches tu?".

 

     Je me reveillai allonge dans la poussiere, precisement ou avait eu lieu l'eboulement. Une douleur lancinante tiraillait ma cheville, mon pantalon etait dechire au niveau du genoux droit. Mes idees baignaient dans un brouillard opaque tandis que ma tete me faisait atrocement souffrir. Je finis l'ascenscion en claudiquant, sans trop comprendre ce qui s'etait passe, sans meme savoir ou j'allais. Le sommet etait marque par un avoo, enorme cairn auquel des morceaux de tissus bleu et jaunes etaient accroches : un lieu de priere boudhiste. Arrive la, un paysage splendide s'offrit a moi : de petites montagnes, encore blanches des dernieres neiges de l'hiver, s'etendaient a perte de vue. Je saisi le temps d'un instant l'infinite des possibles qu'offrait le monde.

 

     Et moi? Qu'est-ce que je fais ici?

 

063 : Rando au sud de Tsetserleg

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commentaires

yodeli 02/05/2011 08:36


Heu..... c'est pour rire hein???? En tous cas je ne retiens qu'une chose (vu que je t'ai eu au téléphone hier , je ne peux qu'être rassurée) c'est rudement bien écrit et je ne peux qu'applaudir aux
gènes transmis par ta grand-mère et par voie de conséquence par moi.... au diable la modestie , nous avons une belle plume dans la famille ....qu'on se le dise ...lol!!!!


Yannick 02/05/2011 12:45



L'histoire ne dit pas si c'est pour rire... Mais le titre donne un indice! Quoiqu'il en soit, merci pour le compliment, j'apprecie!


Bisous



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  • : Deux tortues en voyage
  • : Avec nos sac à dos comme des maisons de tortues et le temps d'être lents, nous nous lançons dans un voyage en direction de l'Inde. A travers l'Europe du Nord, la Russie, la Mongolie et quelques autres pays, voici nos photos et nos morceaux de récits (Yannick). Pour se déplacer, tous les moyens sont bons : à pied, en stop, en train, à cheval, en yack, en pédalo ou en luge..... tout est permis sauf l'AVION!!!! (Sophie).
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